Imagine le fait de devoir vivre dans une minuscule cage, vendue en animalerie pour les hamsters (alors que les amoureux de l’espèce savent à quel point ils ont au contraire besoin d’un grand espace très enrichi)...
Imagine que cette cage ne soit que très rarement nettoyée et que les déjections s’accumulent jour après jour. Qu’elles en viennent à former un tapis qui s’élève petit à petit jusqu’à t’enfermer complètement. Que tu ne puisses plus alors ni bouger, ni te retourner, ni faire quoi que ce soit. Que tu sois emmuré vivant.
Imagine que ton arrière-train et tes pattes soient grignotés par l’urine.
Imagine que tes muscles ne savent plus comment fonctionner, car ils sont complètement atrophiés.
Imagine que la mauvaise alimentation ait provoquée chez toi du diabète, de l’insuffisance rénale et de la cécité.
Imagine que ton petit corps ne soit plus que souffrance et fatigue. Que tu n’attendes plus rien de la vie et que tu espères que la mort viendra rapidement pour mettre fin à ton enfer.
Il y a un an, on a reçu un appel de Dr Piqûre, encore choquée par ce qu’elle venait de voir en consultation.
Un lapin, dont l’état physique était tel qu’il ne pouvait être que la conséquence de graves négligences. Bien pire encore : les propos de sa propriétaire ont permis de saisir l’horreur absolue dans laquelle il a vécu durant cinq longues années. Devoir faire face à son déni. A ses justifications bancales. A son refus de toute responsabilité au prétexte de la maladie mentale.
Et que dire de la tutelle de cette personne & de son entourage qui a laissé faire, qui n’a rien empêché, qui n’a rien arrêté.
Pour te prendre en charge, il a fallu lutter Clover.
Lutter contre le déni, lutter contre la folie, lutter pour parvenir à te sortir de l’enfer coûte que coûte. Lutter contre le système tellement mal fait et qui ne voit en toi qu’un simple lapin.
Nous y sommes parvenus. Et même si s’en est suivi une période de harcèlement, nous n’avons jamais regretté.
Au début, on s’est laissés le week-end pour voir quels étaient les dégâts sur ton petit corps. On a douté, Clover, on a vraiment cru que rien n’était possible. Pardonne-nous. Tu souffrais tellement, tu étais si faible et si misérable. Ton odeur était indescriptible, de celle qu’on ne sent pas sur un corps vivant.
Oui, on a douté, mais tu as survécu au week-end et tu nous as montré que tu avais une étincelle de vie en toi. L’envie de vivre, l’envie de te battre. Alors on s’est dit que si tu devais vivre encore quelques jours, cela serait déjà ça pris sur le destin. Un bouquet final en forme de multiples pépites de joie et d’amour à profusion.
Le bouquet final, cela fait un an qu’il dure, Clover.
Qui d’autre qu’un warrior peut réussir une telle prouesse ?
Une année durant laquelle tu as rejoint une bande de copains qui apprécie ta douceur et ta tendresse. Qui t’offre en retour d’être tes guides, toi qui ne voit plus.
Une année durant laquelle tu as remusclé ton arrière-train, pour apprendre ce que ça fait de marcher, courir, grimper, creuser,…
Une année durant laquelle tu as guéri tes plaies pour enfin sentir le vent dans tes poils, le soleil sur ta truffe et les bruits de la vie qui bouillonne autour de toi.
Ton petit corps reste criblé de cicatrices et de séquelles car il a déjà 6 ans, dont 5 de maltraitance. On n’a pas fait de miracle et on n’a aucune idée de ce que la vie te réserve pour la suite.
Mais une chose est certaine, la seule qui compte : tu n’es plus seul et tu as à présent une immense famille pour t’aimer.
Bon anniversaire de sanctuaire, petit Clover !